mardi 23 mars 2010

No dinero marinero

À Barcelone, Yohan m’accueilli de la meilleure des façons en organisant deux surprises dont il a savamment essayé de garder le secret. Normal pour un mec qui travaille dans l’évènementiel à Barcelone me direz vous, mais quand une surprise est épique, cela devient une forme d’art. En voici les raisons :

D’abord la surprise en elle même, comme je le disais un peu avant dans ce blog, les langues féminines ont la faculté d’être aussi fourchues que déliées à partir du moment où l’on y appose quelques goutes d’alcool. Cette fois ci c’est Ona qui, bien que sobre et réveillée lâcha en sortant du métro de la manière la plus naturelle qui soit « Dépêchez vous les garçons, vous allez rater le bateau », ce à quoi je répondis surpris « le quoi ? »… Euh « Oups » on repassera pour la surprise mais me voilà au moins informée sur ce qui m’attend.

« Oups », c’est également le sens du regard de Yohan après que je lui ai naïvement demandé où était le bateau. Je précise en passant que le port de plaisance de Barcelone fait un peu 1km de long avec des rangées de 20 bateaux tout les 9 mètres, je vous laisse donc calculer le nombre d’embarcations possibles. Après un taxi pris et quelques minutes passées à interpeller des marins désœuvrés, nous nous retrouvons perdu entre les quais et les baraques à glaces qui fleurissent le long du port en toutes saisons. Les quelques 20 minutes de retard que nous avons, nous laisse raisonnablement penser que nous avons déjà du rater le départ, je commence à me dire que j’ai faim et que je rentrerai bien faire une sieste. C’est alors que, ô miracle, une grande dame frisée flanquée d’une courte robe rouge assortie à ses sandales à talons nous interrompit dans notre marche rapide pour nous dire que ca fasait une demi heure qu’elle nous attendait et que le bateau n’est pas encore parti. Après de plates excuses de circonstances, nous abandonnons Ona vers la capitainerie et franchissons la grille d’accès qui sépare le quai des pontons. Nos pas pressés sonnent sur les lattes de bois exotiques maladroitement ajustées comme de futurs applaudissement. À mi parcours, on apprend que l’équipage sera composé de deux espagnols expérimentés et commandés par un capitaine italien que l’on me décrit comme des plus compétent.

L’italien répond au prénom de Mickele (prononcer Mickélé pour les germanistes) sur le moment je me dis que ses parents ont du hésiter entre Mickael et Michel et qu’ils ont finalement trouvé un compromis. C’est un grand bonhomme d’environ 1m90 dont la peau bronzée s’associe à ses cheveux bouclés pour lui donner l'apparence d'un mannequin de Jean Paul Gautier. Hélas, le mythe prend fin quand il nous propose de l’appeler par son prénom, dommage, je ne dirai pas « capitaine » ;  pour le cliché on repassera. Après une poignée de main virile, Mickélé nous annonce droit dans ses bottes de caoutchouc que bah si on était venu pour une ballade romantique on avait mal choisit notre jour parce que bah au large, on annonce force 5. Mon visage commence à se défaire, je juge déjà ce grade bien trop fort. Trop tard pour soupirer le bateau a largué ses amarres et file tout droit vers le large. Mickélé me demande d’enlever les flotteurs qui servent de protection à la coque ce qui revient essentiellement à défaire un nœud, j’exécute son ordre avec application.

Le voilier sort du port, propulsé par deux petits moteurs électriques qui ne servent que pour les manœuvres ou pour gagner le large. Nous sommes tous religieusement assis autour du skipper qui se tient debout sous la voile principale. La main fermement agrippée au cordage et le soleil dans le dos, il profère des explications techniques dans un espagnol presque parfait. Lassé de ne pas comprendre ce qu’il dit et angoissé à l’idée de ne pas savoir exécuter une manœuvre, je choisis de l’interrompre dans ses explications et anone d’une voix maigre :
«  hum Mikele, excuse moi… ouai en fait je crois que je voudrai un truc facile à faire».
Mickele me renvois un sourire amusé, celui la même que seuls les italiens savent faire et qui nous a fait perdre tant de copines. Il me dis de me détendre et que tout va bien se passer, je lui réponds que j’ai envie de le croire.

Première manœuvre, au signal du capitaine je suis chargé de défaire un nœud puis d’arrimer une corde autour d’une bobine métallique en forme de champignon. J’apprendrai un peu plus tard, après que Yohan ait donné un coup dessus, que cet objet coûte 700 euros, d’occasion, le champignon de fer oui…

La ballade régate reprend son cours alternant coups de bourre et calme plat. Coup de bourre que l’on traduit en espagnol par « racha » (« ratcha » pour les germanistes), mot dont la sonorité reflète tellement la réalité qu’il mérite que l’on s’y arrête pour faire un peu de morphosyntaxe de comptoir, alors allons y décomposons le en deux étapes :

L’étape « raaa » : le vent arrive au loin en faisant friser les vagues, la progression est nette et régulière, on sait donc quand on va être touché, on a peur « raa »

L’étape « cha » (prononcer tcha) : Cha ! le vent vient fouetter les voiles, il est temps de songer à s’accrocher.

Quelques heures sont passées ; les gestes deviennent précis et les regards complices. Amusé, je ne perds rien de cette mécanique synchrone qui fait avancer sur l’eau ces quelques tonnes de bois et de tissus. Les rôles, les places, les positions s’échangent ; Je prends même fièrement la barre pendant quelques minutes et arrive même à maintenir honorablement le cap. Incité par autant d’application, Mickele esquisse un sourire et annonce que l’on va essayer de virer de bord, ce qui ne veut littéralement pas dire que l’on dégage du bateau… enfin si presque car si on se dépêche pas de changer de côté, on risque de dire bonjour aux poissons. Nous virons donc de bord sans encombre et mettons le cap sur le port en empruntant un rythme un peu plus apaisée. Nos voix sont silencieuses comme tues par l’immensité marine, nous prenons les dernières photos et effectuons la manœuvre de retour.

Nous rentrons les cheveux chargés de sel et la peau brunie par un généreux soleil d’hiver. Encore et un peu ahuri Yohan et moi emprintons la direction de la première terrasse de café pour y prendre un café au lait accompagné de patatas bravas dont la sauce réputée pour être forte nous paraît cette fois presque douce… Aller savoir pourquoi...






Credit photos : Yohan Londchal